Du Mardi 3 au Dimanche 8 avril 2007: Joyeuses Paques !!!
Mardi 3 avril, le bus en provenance des Cameron Highlands me depose a la gare routiere de Kuala Lumpur, sous des trombes d'eau. La ville me parait plutot sale, tres encombree, faite de buildings plus hauts les uns que les autres. C'est decide, une journee sur place me suffira amplement.
Mercredi matin, je pars donc en balade, direction le nord vers les diffrents sites a voir (les Twin Towers, la tour de la television...). Pause dejeuner puis je change de quartier: direction le Sud-Ouest de la ville, histoire de profiter d'un lac, d'un parc, d'orchidees et d'hibiscus.
Il est donc environ 14 heures quand dans Chinatown, au moment ou je verifie ma direction en depliant mon plan, une femme accompagnee d'une autre, m'aborde tres gentiment.
- Je peux peut-etre vous aider ?
- Merci beaucoup, je me promene. Pas necessaire.
- Vous allez ou ?
- Du cote du lac, je verifiais si j'etais sur le bon chemin.
- Ah et vous venez d'ou ?
Bon, elle a l'air de vouloir papoter. Je vais pas faire ma sauvage. Et apres tout, ce n'est pas tous les jours que je fais de vraies rencontres avec des locaux.
- De France. Paris.
- C'est vrai ? Ma niece attend un visa pour partir a Paris le 22 avril. Elle va y travailler comme femme de menage. Tu comprends "femme de menage"?
- Oui, oui.
- Tu as quel age? Tu es etudiante, hein ?
Alors ca, c'est du classique. En Asie comme en Europe, on me donne entre 21 et 24 ans.
- 28 ans.
- Tu parais beaucoup plus jeune.
Je sais, je sais. Mes joues sans doute !
- Et alors, le temps a Paris en ce moment ?
- Ben, c'est le printemps, il fait plutot bon, je crois.
- Et c'est dur d'apprendre le francais ? Ma niece y arrivera ?
- Je suis francaise, donc je ne peux pas vous dire.
Je ne vais pas retranscrire toute la conversation, mais mon interlocutrice, appelons-la Milka, me propose de continuer autour d'un verre. Avec sa cousine Etna qui ne decroche pas un mot, nous prenons la direction du Mac Do en face. Je finis par proposer a Milka de lui donner mon adresse mail, qu'elle la transmette a sa niece. En echange, elle me transmet ses propres coordonnees, telephone, adresse.
- Mais peut-etre pourrais-tu rencontrer ma niece ?
- Oui mais je ne reste qu'une journee a Kuala Lumpur.
- Elle pourrait te servir de guide.
- Ce soir ?
- Non, maintenant, on devrait la trouver, c'est l'heure du dejeuner.
Tiens, pourquoi pas ? Se faire inviter par des locales. Nous prenons le taxi. Et ca papote. L'age de ma mere, ses 54 ans a elle et ses cheveux blancs, pourquoi j'ai des taches de depigmentation sur les bras (oui, c'est venu avec le bronzage), si je sors en boite, regarde ce petit haut, 5 ringgits chez Unlet Factory, et le racisme en France parce que je m'inquiete pour ma niece, et les employeurs, toi tu travailles dans un bureau... Et bla-bla-bla, et bla-bla-bla.
Nous arrivons dans une zone pavillonaire. J'entre dans la maison ou une deuxieme cousine de Milka m'ouvre la porte. Puis un petit chinois deboule dans le salon, sourire jusqu'aux oreilles. Milka lui demande ou est Fatima (je comprends que c'est sa niece), elle n'est pas la, elle est a l'hopital. Bon, OK, je n'ecoute meme pas la suite... Ce petit chinois est donc le beau-frere de Milka. Super enthousiaste, c'est Mister Tony, Daddy Tony (oui, parce qu'en moins de deux, il m'a deja baptisee Daughter Adeline), 56 ans.
On m'offre a manger des nouilles sautees. Mais je viens de dejeuner, donc, j'y toucherai a peine. Pendant ce temps, c'est au tour de Mister Tony de me faire la conversation. Il travaille dans un casino sur un enorme bateau de croisiere. Pour la compagnie Star Cruises. D'ailleurs, il peut me faire beneficier de 30 pourcents de reduction si je le souhaite. Non, non, je paye ma chambre 5 euros, alors ce genre de voyage, ce n'est pas pour moi, voila ce que je lui reponds. Il comprend. Il me montre des invitations qu'il a preparees pour envoyer a ses gros clients, l'un de Singapour, l'autre Hong Kong, le troisieme de Brunei. Puis il s'emballe, il me parle de son boulot, il distribue les cartes dans un casino. Il va chercher un bloc-notes et me dessine le schema classique des jeux dans un casino, la roulette russe, je ne sais quel jeu et la table de blackjack tronant au milieu.
-Viens a cote, c'est ma piece, tu vas voir.
- Je peux venir aussi, demande Milka.
- Tu sais que je vais lui montrer pourquoi c'est quasi impossible de gagner au casino, c'est secret tout ca, dit Tony.
- Oui, mais tu ne m'as jamais montre.
- Bon, installez-vous en face toutes les 2.
Je viens de passer du salon a une toute petite piece. Il n'y a qu'une table tres etroite, deux chaises sur lesquelles nous nous asseyons Milka et moi, dos au mur. Puis Tony prend place en face de moi. A part un meuble de 3 ou 4 tiroirs fermant a cle derriere Tony, rien d'autre, si ce n'est un jeu de cartes et des jetons.
Vous l'aurez compris, tout ceci est une longue histoire, mais tout se passe tres tres vite. La, en lisant, normalement, vous aurez devine la suite. J'avance dangereusement vers l'arnaque.
Mister Tony m'apprend a jouer au blackjack. Bien volontiers, puisqu'il n'est pas question d'argent. Donc pas de souci. Puis comme je maitrise, il m'explique comment tricher. En fait, en etant a deux, le distributeur de cartes puis un joueur, on peut arnaquer le banquier. Gagner a tous les coups, et ensuite se partager les gains. Mister Tony me demande si on se rencontre a Melbourne, ou si je reviens a KL, accepterai-je de faire ca ? Ca, revenant a voler quelqu'un.
- Hors de question.
- Tu as raison. Parce que si jamais tu te mettais a trembler et que tu oubliais toutes mes combines, ce serait pas bon pour nous. Et moi, je perdrai mon boulot.
Et la, tout s'enchaine. Il pose 100 dollars americains devant moi et le meme billet devant Milka, recoit un coup de fil de son client de Brunei qui reclame son invitation, un homme tres tres riche me glisse-t-il. Puis nous continuons a jouer. Mais la, je ne comprends pas bien, pourquoi ces deux billets devant nous ? D'autant qu'on continue a jouer comme avant...
Quand soudain, coup de theatre, un homme entre dans cette minuscule piece, veste chinoise, businessman de Brunei. Le fameux client venu recuperer son invitation. Deja la? Bizarre, mais faut que j'arrete d'etre tout le temps suspicieuse. Oui, sauf que la mon rythme cardiaque va plus vite que le TGV.
Monsieur Brunei, appelons-le comme ca, j'ai oublie son nom, m'est presente. En retour, on me presente comme la meilleure amie de Milka (qui s'empresse de se pelotonner contre moi pour bien montrer qu'on est amies depuis longtemps), businesswoman en France !!! On commence a jouer. Mais je n'ai rien prevu de tout ca. Je me sens sous pression. Ca commence meme a me faire peur.
Evidemment, nous n'arretons pas de gagner. Je m'applique car je sens la pression, je ne veux pas faire perdre l'argent de l'hopital de Mister Tony, ni qu'il perde son boulot. Moi qui n'ai jamais joue d'argent, qui ai un minimum de clairvoyance, finit par mettre la mort dans l'ame 200 ringgits sur la table (40 euros). Ma seule idee, les recuperer. Mai ceci se produit a nouveau, a contrecoeur, je pose 150 ringgits. Si seulement, je n'avais pas retire d'argent ce matin! Et tous mes billets de 50 colles les uns aux autres! C'est pas vrai! Pourquoi avoir pose cet argent sur la table ? Parce que Mister Tony m'adresse un regard qui veut dire, si tu mets pas d'argent sur la table, je suis foutu.
A la fin, il doit etre un peu plus de 16h, Monsieur Brunei joue son va-tout. Il ne cesse de perdre. Forcement. Et propose une derniere partie. OK, ca me va tres bien, je veux partir d'ici au plus vite. Son arme? Une rigoureuse froideur d'homme d'affaires. Il sort tellement de dollars americains de sa valise que j'hallucine completement. Il pose 40 000 dollars americains sur la table (comme dans les films sauf que ce n'est pas du cinema). Il faut alors que je mette la meme somme si je ne veux pas perdre mon argent.
Pour vous la faire courte (!), Mister Tony me voyant m'enerver dit avec emphase:
- Mister Brunei, (j'ai oublie son nom dans le film), puis-je vous demander l'autorisation de sortir pour parler a Madame Adeline et Madame Milka ?
Oui, parce que pendant le jeu, Mister Tony parle comme un acteur shakespearien au chomage, casino oblige.
On sort, et je m'enerve severement. Je demande mon argent, mes 350 ringgits, et veux quitter les lieux au plus vite. Mr Tony me dit alors que si je perds, je perds tout. Je lui dis que je n'ai evidemment pas 40 000 dollars, et que je VEUX mes 350 ringgits. Bref, de retour dans la piece, Mr Brunei veut arreter de jouer car il n'a pas mes 40 000 dollars sous les yeux. Il a mis les siens, il veut voir les miens. Mister Tony lui fait un blabla sur le fait que je possede une carte bleue internationale (et je ne suis pas prete de la lacher!!!).
- Je laisse tout l'argent dans ce tiroir, avec nos deux jeux respectifs, et je prends la cle, me dit Mr Brunei. Et demain, je reviens, les 40 000 dollars sont la, et on ouvre les enveloppes pour voir qui gagne.
Puis il part. Quelqu'un le raccompagne.
Mister Tony, a qui j'ai envie d'en mettre une, me dit, OK, demain, on fait fifty-fifty, tu auras 23 000 dollars.
- Quoi ???
- Tu me rends mes 350 ringgits et je pars d'ici.
- Ecoute, demain matin quand la banque sera de nouveau ouverte, je vais a la banque et on partage l'argent.
- Jamais de la vie. Tu me rends mes 350 ringgits.
- Mais il est parti avec la cle.
- Pas d'histoire, il y a bien quelqu'un ici qui peut me rendre mes 350 ringgits.
Il sort de sa poche des trucs et dit:
- Tu vois, je n'ai rien.
-Et ce billet de 100 ?
Il me rend 100 ringgits.
Ensuite, je suis fatiguee, j'en ai marre. Ils me disent qu'ils me donnent rendez-vous le lendemain devant ma guest-house, prennent les coordonnees de ma guest-house et me ramenent en ville. Dire que je n'avais rien realise quand ils m'ont ramene a 3 en ville, c'est pousser l'euphemisme dans l'hyperespace lexical. Je ne me rendais compte de rien. Je m'attendais a ce que le lendemain Milka vienne me rendre mes 250 ringgits. Car evidemment, jusqu'au bout, elle a joue la carte de la confiance.
Voila, je me suis fait avoir. 50 euros. Je me suis pris une claque mais ca m'insupporte de m'etre laissee avoir. 50 euros que je ne jetterai pas dans le puits sans fond du consumerisme ! J'ai tout realise en marchant ensuite tres longuement dans Chinatown. Je me suis meme perdue tellement j'etais dans mes pensees.
Apres evidemment, je l'ai raconte a tout le monde.
Voila, je le repete, je me suis faite avoir. Inexorablement. Ineffablement. Superbement !!!
Pour conclure, pas d'affolement inutile. J'ai eu une bonne lecon. Mais je croire qu'un peu de prudence ne me nuira pas.
C'est dommage d'abuser la confiance des gens, non ?
Ceci dit, cette histoire sera bientot digeree. Je m'en veux terriblement. Mai c'est comme ca. Le proprietaire de la guest-house de Kuala Lumpur et celui de celle ou je suis actuellement a Malacca, m'ont dit que j'avais beaucoup de chance ! Vous croyez vraiment qu'il y en a qui filent 40 000 dollars ???
Du coup, de jeudi a aujourd'hui, je me suis reposee sur la cote-ouest de la Malaisie, a Malacca. Demain, je quitte le pays, et ferai un bref passage a Singapour. Et mardi, je m'envole pour Bali !